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Anthropic déclare des dépenses de personnel de 1,7 milliard de dollars au troisième trimestre 2026, soit plus de 100 000 dollars par employé,
Avec une perte nette de 80 milliards au premier semestre

Le , par Mathis Lucas

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Le document d’introduction en bourse d’Anthropic continue de révéler les coulisses de l’entreprise. Le laboratoire a enregistré des dépenses de personnel s'élevant à 1,7 milliard de dollars pour son troisième trimestre 2026, ce qui représente une moyenne mensuelle impressionnante de plus de 100 000 dollars par employé. Cette somme important est en grande partie constituée de rémunérations en actions plutôt qu'en liquidités versées directement sur les comptes des salariés. Ces dépenses colossales suscitent des préoccupations, car l'entreprise reste dans le rouge et a enregistré une perte nette colossale de 80 milliards de dollars au premier semestre 2026.

Le 26 octobre 2026, Anthropic a déposé son formulaire S-1 auprès des autorités des régulations. L'opération devrait se faire sous le symbole boursier ANT et pourrait valoriser l'entreprise entre 1 500 milliards et 2 000 milliards de dollars. À ce stade, les investisseurs s’inquiètent particulièrement du chemin vers la rentabilité. En attendant, le document révèle au grand public de précieuses informations que l'entreprise a gardées secrètes jusque-là.

Dans le document, Anthropic révèle des dépenses de personnel s'élevant à 1,711 milliard de dollars pour la période allant de juillet à septembre 2026, concernant environ 5 300 employés. Cela représente une moyenne de plus de 107 000 dollars par employé et par mois, ou environ 322 000 dollars sur le trimestre. Toutefois, la grande partie de ce montant n'est pas versée directement en espèces sur les comptes bancaires des salariés.

Environ 1,1 milliard de dollars de ce total trimestriel proviennent de la rémunération à base d'actions, reflétant la valeur comptable des parts attribuées aux salariés. De janvier à septembre, les coûts de personnel ont atteint 4,8 milliards de dollars, soit 15 % du chiffre d'affaires total de 33,2 milliards de dollars réalisé sur la même période. À titre de comparaison, la société dépensait en 2023 plus du double de ses revenus en frais de personnel.

Entre efficacité opérationnelle et perspectives boursières

Anthropic affiche un niveau d'efficacité par salarié particulièrement élevé par rapport aux autres géants de la technologie. L'entreprise génère environ 6,6 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel par employé, contre des estimations de 3,2 millions pour Meta et 2,5 millions pour Google. Dans son dossier d'entrée en bourse, la direction a résumé cette approche par la formule « la densité des talents importe davantage que leur nombre ».


Anthropic a multiplié son effectif par cinq depuis la fin de l'année 2024, tout en conservant une « taille mesurée » par rapport aux 67 000 salariés du groupe Meta. L'introduction en bourse fera exploser sa valorisation et déclenchera la comptabilisation d'une charge unique de rémunération en actions restreintes estimée à 8,2 milliards de dollars au jour de l'IPO, ainsi que 24,1 milliards de dollars supplémentaires étalés sur environ deux ans.

Anthropic fait face à une concurrence accrue et à une guerre des talents dans le secteur de l’IA. L'année dernière, le PDG d’OpenAI, Sam Altman, a affirmé que Meta avait proposé à certains de ses meilleurs talents des primes à la signature allant jusqu'à 100 millions de dollars pour qu’ils changent d’entreprise. Par la suite, OpenAI avait annoncé une prime de 1,5 million de dollars pour ses talents afin de les convaincre à rester dans la société.

Dans son dossier officiel S-1, Anthropic décrit cette rivalité : « la concurrence dans notre industrie pour recruter et fidéliser des employés possédant les qualifications requises, à des conditions économiques compétitives, est exceptionnellement intense et s’est considérablement accrue ces derniers temps ».

Une IPO historique sous le signe de la prudence culturelle

L'entreprise craint notamment une ruée de talents en quête de fortune. Pour s'assurer de l'alignement éthique des futurs collaborateurs, des questions spécifiques sont posées lors des entretiens de recrutement. Selon un rapport récent, la direction d'Anthropic cherche à savoir comment réagiraient les candidats si la société décidait d'abandonner ses recherches en IA pour des raisons de sécurité, provoquant une chute du cours de l'action à zéro.

Un candidat ayant participé à ce processus a témoigné sous couvert d’anonymat en rapportant sa réponse : « j’ai été honnête et j’ai dit non, je ne serais pas content que l’action tombe à zéro ». Il a expliqué souhaiter conjuguer l’éthique et la rentabilité financière : « je voudrais concilier le fait de faire le plus de bien possible, tout en restant éthique, et de bâtir une entreprise pérenne ». Selon lui, le recruteur n'a pas semblé apprécier la réponse.

À en croire deux anciens employés d’Anthropic, auparavant, cette question ne faisait pas partie du processus d’entretien. Anthropic s'est vu contraint d'ajouter cette question pour mieux évaluer la motivation des candidats alors que l'IPO promet de créer de nouveaux millionnaires. D’autres publications sur le site Blind révèlent que des candidats ont fait face à cette question en 2025. Il sera difficile pour Anthropic de distinguer le vrai du faux.

Le PDG Dario Amodei, dont la fortune est estimée à 13,6 milliards de dollars, craint que ces incitations financières géantes n'altèrent la fidélité à la mission initiale axée sur la sécurité et le bien de l'humanité. La charte de l’entreprise rappelle cette priorité fondamentale : « au bout du compte, c’est la mission qui nous réunit tous ici ». Elle précise en effet qu’un objectif partagé permet d’agir rapidement « sans céder à des intérêts divergents ».

« Elle nous donne un but commun et nous permet d’agir vite ensemble, plutôt que d’être tiraillés dans plusieurs directions par des objectifs concurrents ». Selon certains critiques, Anthropic est sur le point de découvrir ce qui se passe lorsque la valeur d'une société repose entièrement sur la spéculation, sans générer aucun retour sur investissement. Depuis son introduction en bourse en juin 2026, le cours de l'action SpaceX reste très volatile.

Anthropic a enregistré des pertes énormes ces derniers mois

Anthropic reste dans le rouge. La société a annoncé une perte nette colossale de 80 milliards de dollars au premier semestre 2026 et a averti que l'opposition aux centres de données aggravera la situation. Les données financières indiquent que l'entreprise de Dario Amodei enregistrera une perte de 42 milliards de dollars pour l'exercice 2025 et dépensera plus 518 milliards de dollars en obligations liées au cloud, au calcul et à l’infrastructure.

Dans des rapports récents, des analystes des cabinets d'étude et de conseil en stratégie Bain & Company et Apollo ont fait valoir que les prévisions du secteur étaient bien trop optimistes ; il se peut donc que Sam Altman prenne le temps de se réorganiser pour préparer son propre argumentaire.

Il est également possible que le PDG d'OpenAI ait d’autres préoccupations que la sécurité, comme la responsabilité pénale ou civile. Une mauvaise surprise en matière de responsabilité pourrait certainement avoir un impact sur une introduction en bourse. OpenAI fait actuellement face à des poursuites judiciaires intentées par des groupes de défense, notamment en concernant l'usage loyal, menaçant la stabilité des acteurs majeurs du secteur.

L'organisation Legal Advocates for Safe Science & Technology (LASST) a engagé des poursuites contre l'entreprise devant un tribunal d'État en Californie pour l'obliger à adopter des mesures de précaution renforcées lors du développement de ses modèles. Sa représentante Vivian Dong a rappelé qu'il est illégal de pirater un système tiers et souligne : « je soupçonne qu'OpenAI est très consciente des risques juridiques de ce que font ses agents ».

Pour le cabinet de recherche financière indépendant New Constructs, l'IPO d'Anthropic est « l'introduction en bourse la plus ridicule de 2026 ». Anthropic vise une valorisation de 2 000 milliards de dollars le jour de son entrée en bourse. New Constructs a évalué le laboratoire à seulement 150 milliards de dollars, soit 92 % de moins que son objectif. « Nous ne pensons pas qu’Anthropic dispose d’un modèle économique viable », souligne le cabinet.

Un impératif de 6 000 milliards de dollars pour soutenir la bulle

Brain & Company estime que l'industrie mondiale de l'IA devra générer environ 6 000 milliards de dollars de revenus annuels d'ici 2031 pour justifier les investissements massifs dans les centres de données et l'infrastructure informatique. Mais les applications actuelles et la productivité des employés ne combleront qu'une fraction de ce montant. Le cabinet indique que la majorité de cet argent devra provenir de nouvelles avancées technologiques.

Dans un rapport publié le mois dernier, l'économiste Torsten Slok a souligné un déséquilibre financier au sein de l'industrie de l'IA. Actuellement, les profits des fabricants de puces sont financés par les capitaux des investisseurs plutôt que par des revenus réels. Les développeurs d'applications d'IA affichent des marges opérationnelles négatives, créant de ce fait un modèle économique très fragile qui repose sur « l'espoir d'une rentabilité future ».

Si les clients finaux ne génèrent pas rapidement un retour sur investissement concret, le financement massif pourrait se tarir brutalement, provoquant l'éclatement de la bulle de l'IA. Certaines entreprises font déjà face à des flux de trésorerie disponible négatifs, notamment OpenAI et Anthropic. De son côté, Oracle est dos au mur après avoir accumulé plus de 150 milliards de dollars de dettes adossées à l'IA, et multiplie les licenciements massifs.

Oracle dépense ses liquidités plus vite qu’il ne parvient à générer des revenus, alors qu’il est en pleine expansion de ses centres de données, un projet de 250 milliards de dollars. Cela a conduit S&P Global Ratings à abaisser la notation de crédit la société à BBB-, soit un cran seulement au-dessus du statut « spéculatif ». Moody’s Ratings a émis une perspective négative, ce qui signifie qu’une nouvelle dégradation est possible à moyen terme.

Source : document déposé par Anthropic (PDF)

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