De nombreux rapports prédisent que l'IA ajoutera des milliers de milliards à l'économie mondiale en stimulant la productivité comme jamais auparavant dans l'histoire. Mais un nombre croissant d'analystes et de scientifiques de renom se montrent sceptiques quant à ces prédictions. Ce groupe estime que la surestimation des possibilités de l'IA a créé une bulle spéculative, car les valorisations se détachent de la réalité. Cela serait comparable à la bulle Internet de la fin des années 1990, dont quelques entreprises seulement ont survécu. Les experts craignent que la même chose se produise aujourd'hui, compte tenu de la récente montée en flèche des actions liées à l'IA.Les investissements massifs dans l'IA générative rappelleraient l'ère des dotcoms
La demande pour les produits d'IA a connu une croissance fulgurante depuis le lancement de ChatGPT par OpenAI. L'IA générative est déjà utilisée dans divers domaines, mais il est difficile d'imaginer comment elle évoluera. Selon les analystes, cette inconnue suscite l'enthousiasme. Un observateur peut affirmer que la technologie sera inutile, tandis qu'un autre peut tout aussi bien imaginer un nombre presque infini de possibilités. Bank of America a publié un rapport selon lequel l'IA entraînera des changements radicaux et stimulera l'économie mondiale de 15 700 milliards de dollars d'ici les sept prochaines années.
Goldman Sachs prévoit que l'IA générative entraînera une augmentation de 7 000 milliards de dollars du PIB mondial et augmentera la croissance de la productivité de 1,5 % d'ici la fin de la décennie. Mais Arthur Sants, chroniqueur des investisseurs au Financial Times, affirme que ce sentiment de possibilité est à l'origine des bulles d'investissement, car les valorisations des entreprises se détachent de la réalité. C'est ce type de détachement qui a provoqué la bulle Internet à la fin des années 1990. Les investisseurs pensaient qu'Internet, le commerce électronique et la numérisation des entreprises allaient changer le monde.
Mais la bulle a fini par éclater au début des années 2000 ; les investisseurs avaient perdu confiance dans la croissance rapide des entreprises technologiques, ce qui avait provoqué une fuite de capitaux des dotcoms vers les entreprises opérant dans l'ancienne économie. Les analystes craignent que la même chose se produise aujourd'hui en raison de la montée en flèche des actions liées à l'IA. En août dernier, le professeur Gary Marcus de l'université de New York a écrit dans une analyste publiée la plateforme de blogging Substack : « nous commençons à voir des signes que l'IA générative pourrait être un raté ».
À la fin des années 1990, Cisco était la principale entreprise d'infrastructure informatique. La croissance d'Internet nécessitait un déploiement important d'infrastructures. Il fallait construire des serveurs et les connecter les uns aux autres à l'aide de routeurs, puis au système de télécommunications au sens large. L'hypothèse était que tout le monde allait transférer ses communications et son commerce sur Internet et que, pour ce faire, un déploiement rapide était nécessaire. En conséquence, le prix de l'action de Cisco a augmenté de plus de 450 % au cours des deux années qui ont précédé la fin de l'année 1999.
Cela a précédé toute augmentation significative des bénéfices, ce qui signifie que son évaluation a atteint 120 fois ses bénéfices prévisionnels à un an. La croissance des bénéfices ne s'est pas concrétisée aussi rapidement que prévu et, moins d'un an après le pic de valorisation atteint en mai 2000, la valeur de l'action avait chuté de 70 %. Il est intéressant de noter que Cisco a connu une croissance régulière de ses bénéfices au cours de la décennie suivante. Selon Sants, l'année dernière, les bénéfices de Cisco étaient six fois plus élevés qu'en 2000, mais le cours de son action était encore inférieur de 20 % à son sommet.
Sants note : « le problème n'est pas que l'hypothèse était erronée, mais que la croissance n'a pas été assez rapide pour répondre à l'engouement pour l'évaluation. Il s'est aussi avéré que l'infrastructure est devenue un travail banalisé à faible marge ». Au début de l'année 2000, le ratio cours/bénéfice à terme de Vodafone était de 72 : plus cher que Nvidia depuis la crise financière de 2008. Selon Sants, Vodafone ne s'est jamais remis de l'effondrement de la bulle Internet.
Les hallucinations des modèles de langage révèlent les limites de l'IA générative
Marcus a déclaré : « le retour sur investissement de l'IA générative n'est peut-être pas si important, après tout ». Parmi les signes avant-coureurs, un rapport du Wall Street Journal a signalé que les clients ont trouvé trop cher le prix de 30 dollars par mois du nouveau l'assistant d'IA Copilot de Microsoft. Selon lui, il est difficile de mettre en production de grands modèles de langage (LLM) ; la plupart des travaux réalisés à ce jour sont préliminaires. Il rapporte que les entreprises commencent à modérer leurs attentes. De nombreuses attentes initiales étaient irréalistes. De plus, certains pensent que l'AGI ne viendra pas des LLM.
Il souligne que les progrès en matière de rentabilité des LLM ont été lents et qu'après le lancement de GPT-4 par OpenAI en 2023, personne n'a lancé un modèle nettement plus puissant. Selon Marcus, l'industrie est peut-être en train d'atteindre un plateau en matière de capacité pure, car personne n'a été en mesure de battre GPT-4 de manière décisive. Des entreprises comme Google et Anthropic ont investi beaucoup d'argent pour essayer, mais Marcus affirme qu'aucun n'a réussi ; au lieu de cela, il semble qu'il y ait une convergence aux niveaux GPT-4. En outre, il a noté que les cas d'utilisation des LLM ne sont pas clairs.
Marcus affirme qu'il y a eu des "progrès" dans la recherche d'utilisations possibles pour les LLM, mais jusqu'à présent, la technologie est souvent utilisée dans le domaine de la criminalité. « Les mauvais acteurs, dont les normes de fiabilité sont peut-être moins strictes, semblent les utiliser pour la cybercriminalité et la désinformation », a-t-il écrit. De son côté, Jeffrey Funk, professeur à la retraite et consultant sur les nouvelles technologies, souligne que les entreprises d'IA ont dépensé d'énormes sommes d'argent pour lutter contre les hallucinations (lorsque les systèmes d'IA inventent des faits), mais n'ont pas résolu le problème.
Il a écrit sur LinkedIn : « les revenus ne sont pas encore là et ne viendront peut-être jamais. Les valorisations anticipent des marchés de plusieurs milliards de dollars, mais les revenus actuels de l'IA générative se chiffrent, selon les rumeurs, à quelques centaines de millions. Ces revenus pourraient réellement être multipliés par 1000, mais il s'agit là d'une hypothèse très spéculative. Nous ne devrions pas nous contenter de le supposer ». Funk prévient également que le rythme de l'innovation dans le domaine de l'IA générative semble...
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