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De fournisseur de chaussures écolos à fournisseur d'architecture de calcul IA : le virage d'Allbirds fait bondir son action de 600 %
Comment coller le mot « IA » fait désormais office de stratégie d'entreprise

Le , par Stéphane le calme

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Allbirds passe de fournisseur de chaussures écolos à fournisseur d'architecture de calcul IA : un virage qui fait bondir son action de 600 %,
NewBird AI ou comment coller le mot « IA » fait désormais office de stratégie d'entreprise

Valorisée 4 milliards de dollars à son introduction en bourse en 2021, la marque de sneakers écoresponsables Allbirds a vendu son fonds de commerce pour 39 millions de dollars ce mois-ci, soit 1 % de sa valeur d'antan. Mercredi 15 avril, ce qu'il reste de la société a annoncé sa renaissance sous le nom de NewBird AI, en tant que fournisseur d'infrastructure de calcul pour l'intelligence artificielle. L'action a bondi de plus de 600 % en une seule séance. L'histoire serait comique si elle n'était pas aussi révélatrice.

Allbirds était, jusqu'à peu, l'emblème parfait d'une certaine époque de la Silicon Valley. Fondée en 2015 par l'ancien footballeur professionnel Tim Brown et l'expert en matériaux renouvelables Joey Zwillinger, la marque avait pour ambition de créer une nouvelle catégorie de chaussures à base de matières naturelles, sans plastique ni dérivés pétroliers. Sa première sneaker en laine mérinos, lancée en 2016, avait été un succès immédiat, en particulier auprès des « tech bros » attirés par le confort et l'image durable de la marque.

La montée en puissance fut rapide. Les Allbirds étaient plus que des chaussures : elles étaient des marqueurs politiques, signalant à qui voulait le voir l'appartenance de leur porteur à une certaine tribu, celle des millennials techno-optimistes et soucieux du climat des côtes américaines. L'entrée en bourse en novembre 2021 fut triomphale, valorisant l'entreprise à 4 milliards de dollars.

La descente aux enfers fut tout aussi spectaculaire. Le chiffre d'affaires de l'entreprise, structurellement déficitaire, a chuté de 25 % en 2024, puis encore de 20 % en 2025. L'entreprise a fermé la totalité de ses boutiques à prix plein aux États-Unis plus tôt cette année. L'action avait perdu environ 99 % de sa valeur par rapport à son sommet historique. En mars dernier, Allbirds a annoncé la vente de sa marque et de ses actifs à American Exchange Group pour 39 millions de dollars, une somme dérisoire au regard de l'euphorie boursière de 2021.

NewBird AI : acheter des GPU et les louer, sans antécédent dans le secteur

Ce qui restait de la coquille boursière d'Allbirds a donc annoncé le 15 avril une reconversion totale. La société de San Francisco entend désormais « pivoter vers l'infrastructure de calcul IA, avec la vision à long terme de devenir un fournisseur intégré de GPU-as-a-Service et de solutions cloud natives pour l'IA ». Le nouveau nom : NewBird AI.

Le modèle économique envisagé est simple à résumer : la nouvelle entité a sécurisé 50 millions de dollars de financement, attendus pour le deuxième trimestre, qu'elle compte utiliser pour acquérir du « matériel de calcul IA haute performance et basse latence » destiné à être loué à des clients que « les marchés spot et les hyperscalers ne peuvent pas approvisionner de manière fiable ». En clair : acheter des GPU, les louer, et espérer se faire une place à côté de Nvidia sur les brochures commerciales.

Le financement prend la forme d'une facilité convertible : l'investisseur, dont l'identité n'a pas été divulguée, apporte des fonds sous forme de dette, convertible ultérieurement en actions, souvent avec une décote, ce qui expose les actionnaires existants à une dilution significative. Le tout reste soumis à l'approbation des actionnaires lors d'une assemblée prévue le 18 mai prochain. Si le vote est favorable, les actionnaires devraient recevoir un dividende au troisième trimestre, issu du produit de la cession de la marque.


L'abandon de la mission environnementale, détail révélateur

Ce qui rend cette affaire particulièrement éloquente au-delà de l'absurdité de surface, c'est la liquidation sans détour des engagements fondateurs de l'entreprise. Allbirds avait été créée comme une B Corp certifiée, c'est-à-dire une entreprise à but lucratif soumise à des exigences sociales et environnementales élevées, et avait fait de la durabilité le cœur de son identité. Elle devra désormais demander à ses actionnaires d'approuver un amendement à ses statuts pour retirer toute référence à la mission de conservation environnementale.

Ce changement n'est pas qu'un détail administratif. L'activité de calcul IA est notoirement énergivore et l'entreprise qui se targuait jadis de « la durabilité à chaque pas » se prépare à exploiter des serveurs GPU dont l'empreinte carbone est à l'opposé de ses valeurs fondatrices. La boucle est bouclée : les sneakers de la Silicon Valley écoresponsable deviennent l'infrastructure de la Silicon Valley carbonée.

2017 a appelé, il voulait récupérer son script

La réaction boursière, bien que spectaculaire, est difficile à dissocier d'un précédent tristement célèbre. En 2017, le fabricant de boissons Long Island Iced Tea Corp. avait rebaptisé son entreprise « Long Blockchain » pour surfer sur la fièvre des cryptomonnaies. L'annonce avait propulsé le cours en hausse de près de 380 %, avant que tout ne s'effondre : la SEC a inculpé trois personnes pour délit d'initié, l'entreprise n'est jamais devenue un acteur opérationnel de la blockchain, et son action a été retirée du Nasdaq en 2021.

The Register note avec un certain humour que l'entreprise n'avait aucune expertise technologique et que son nom emprunté (« Long Island iced tea » désignait à l'origine un cocktail populaire dans les années 1980) n'avait pas empêché le titre de plus que tripler en quelques heures, portant sa capitalisation boursière à plus de 90 millions de dollars, avant que la bulle n'éclate.

Le parallèle avec Allbirds est frappant. La société n'a aucun antécédent dans le domaine de l'infrastructure IA. Elle ne dispose ni de centres de données, ni d'équipes d'ingénieurs spécialisés, ni de contrats clients dans ce secteur. Ce qu'elle a, en revanche, c'est un ticker boursier (BIRD), une coquille juridique cotée, et désormais un nom en trois lettres suivi du mot magique.

Les investisseurs adorent l'IA, malgré une opinion publique de plus en plus ambivalente à l'égard de cette technologie. L'annonce qu'Allbirds abandonnait les chaussures, un secteur dans lequel elle avait dix ans d'expérience, pour le calcul IA, un secteur dans lequel elle n'a aucune expérience, a fait bondir le titre de plus de 400 % en cours de séance. Il a finalement clôturé à 14,50 dollars, en hausse de 582 % par rapport à la séance précédente, après avoir touché des niveaux encore plus hauts en cours de séance.

Un symptôme de marché autant qu'une décision d'entreprise

Il serait trop facile de ne voir dans cette affaire que la déconfiture d'une marque surestimée ou l'opportunisme d'un management dos au mur. Ce pivot dit aussi quelque chose de plus large sur l'état du marché.

Wall Street et la Silicon Valley semblent disposés à récompenser n'importe quelle entreprise qui glisse les mots « intelligence artificielle » dans ses présentations aux investisseurs. Cette complaisance n'est pas sans risque : elle crée des valorisations déconnectées de toute réalité opérationnelle et encourage des comportements spéculatifs qui peuvent finir par contaminer des secteurs entiers.

Allbirds n'est d'ailleurs pas la seule entreprise à se repositionner vers l'infrastructure de calcul pour alimenter la demande en IA. Boom Supersonic, startup spécialisée dans les avions de ligne supersoniques, a commencé à vendre des turbines à gaz à des entreprises IA pour alimenter des centres de données. La pression sur les ressources de calcul est telle que des acteurs sans aucune légitimité sectorielle s'y engouffrent, attirés par la prime que les marchés accordent à tout ce qui ressemble, même de loin, à de l'infrastructure IA.

Pour NewBird AI, le vrai test sera post-vote du 18 mai. La nouvelle société espère développer son offre de services à travers des partenariats et d'éventuelles fusions-acquisitions si l'opportunité se présente. Mais entre la promesse d'un pitch deck et l'exploitation effective d'une flotte de GPU à haute disponibilité pour des clients exigeants, il y a un gouffre que 50 millions de dollars en financement convertible ne suffiront probablement pas à combler, surtout dans un marché où CoreWeave, Lambda Labs et d'autres acteurs nativement spécialisés ont plusieurs années d'avance.

Fortune observe qu'Allbirds aurait probablement plus de chances de réussir une réinvention stylistique dans la chaussure, le rapprochement récent avec Pantone et le lancement d'une nouvelle gamme en toile en témoignent, que de s'imposer comme acteur de l'IA dans un secteur qu'elle ne connaît pas. Ce constat résume peut-être mieux que tout autre la nature de ce pivot : non pas une stratégie, mais une fuite en avant.


De l'opportunisme boursier à la bulle spéculative : jusqu'où ira la fièvre IA ?

Le cas Allbirds/NewBird AI n'est pas un accident isolé : il s'inscrit dans un faisceau de signaux qui alimentent depuis plusieurs mois le débat sur la formation d'une bulle spéculative autour de l'IA.

Les indicateurs classiques d'une bulle sont connus : valorisations déconnectées des fondamentaux, afflux de capitaux vers des acteurs sans revenus, comportements mimétiques des investisseurs, et, signe le plus éloquent, entrée en scène d'opportunistes sans légitimité sectorielle. Allbirds coche toutes ces cases. Une entreprise qui perd de l'argent depuis son introduction en bourse, dont le cœur de métier vient d'être cédé pour 1 % de sa valorisation d'antan, voit son titre multiplié par sept en une séance au seul motif qu'elle prononce les mots « GPU-as-a-Service ». Ce n'est pas de l'analyse financière, c'est de la magie sympathique.

La comparaison avec la bulle internet de 1999-2000 s'impose naturellement. À l'époque, il suffisait d'ajouter « .com » à un nom d'entreprise pour déclencher une frénésie acheteuse. Aujourd'hui, « AI » joue le même rôle sémantique. La différence (et elle est importante) c'est que l'IA repose sur une infrastructure physique réelle et coûteuse, et que la demande en calcul est effectivement massive et documentée. Ce n'est pas une technologie fantôme. Mais entre une technologie réelle et des valorisations rationnelles, il peut exister un écart considérable, précisément celui que les bulles occupent.

Du côté des grands acteurs, les signaux sont également préoccupants. Les dépenses en infrastructure IA des hyperscalers (Microsoft, Google, Amazon, Meta) ont atteint des niveaux historiques en 2025, sans que les revenus générés directement par l'IA ne justifient encore pleinement ces investissements à l'échelle. Nvidia, dont la capitalisation boursière a dépassé les 3 000 milliards de dollars à son sommet, vend des GPU à des entreprises qui les achètent en partie pour ne pas rater le train, un comportement caractéristique de l'investissement défensif en période de bulle potentielle, où la peur de manquer (le FOMO, fear of missing out) prime sur le calcul de rentabilité.

Ce qui distingue cependant la situation actuelle d'une bulle classique vouée à l'éclatement rapide, c'est la concentration de la valeur dans un nombre très restreint d'acteurs. Contrairement à 1999, où des centaines de startups sans modèle économique captaient des milliards, la valeur créée par l'IA se concentre aujourd'hui massivement chez Nvidia, dans une moindre mesure chez les hyperscalers, et dans quelques acteurs de la couche application comme OpenAI ou Anthropic. Le reste (les NewBird AI, les Boom Supersonic reconvertis en vendeurs de turbines pour data centers) représente la frange spéculative périphérique, la mousse de la bulle plutôt que la bulle elle-même.

C'est précisément cette distinction qu'il convient de garder en tête : si la fièvre IA produit indéniablement des excès spéculatifs à la marge, elle ne signifie pas que l'ensemble de l'édifice est creux. Mais l'histoire de Long Island Iced Tea, puis celle d'Allbirds, rappellent que les marchés sont parfaitement capables de récompenser le signal verbal avant même que la réalité opérationnelle n'existe et que l'atterrissage peut être brutal pour ceux qui confondent les deux.

Source : Annonce de Allbirds CNN

Et vous ?

La réaction boursière d'Allbirds (+600 % en une séance) révèle-t-elle un dysfonctionnement structurel des marchés, ou simplement l'expression rationnelle d'une prime sur les actifs IA dans un contexte de pénurie de calcul ?

Le marché du GPU-as-a-Service est-il encore accessible à de petits entrants sans historique dans le secteur, ou les hyperscalers et les acteurs spécialisés (CoreWeave, Lambda) ont-ils déjà verrouillé la demande institutionnelle ?

L'abandon officiel du statut de B Corp et de la mission environnementale par NewBird AI est-il anecdotique ou symptomatique d'une capitulation plus large des engagements ESG dans la tech face à l'appétit de financement lié à l'IA ?

Dans quelle mesure les régulateurs boursiers (SEC aux États-Unis, AMF en Europe) devraient-ils encadrer les pivots stratégiques radicaux annoncés sans historique ni compétence avérée dans le nouveau secteur ciblé ?

Voir aussi :

La bulle de l'IA est sur le point d'éclater : la chute de 400 milliards de dollars de Microsoft un avant-goût du krach à venir ? Peu d'entreprises peuvent démontrer un ROI proportionnel aux dépenses engagées

« Le secteur de l'IA vous ment. La bulle de l'IA repose sur un mirage soigneusement entretenu pour masquer des défaillances structurelles et logistiques majeures », selon un critique

La bulle IA commence à se dégonfler, OpenAI réajuste ses prévisions de dépenses, de 1 400 milliards à 600 milliards de $, tout en perdant des milliards chaque mois
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Avatar de JPLAROCHE
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 16/04/2026 à 19:10
Bonjour , il y a cela 30 ans, je travaillais dans l'élevage pas en France, pendant mes vacances, donc curieux de voir le tableau de bord physique qui traitait en temps réel des températures ... y compris de la distribution de nourriture , je précise que ce n'ait pas de l'élevage en batterie, mais pour la reproduction donc avec des conditions très stricte d'hygiène et d'environnement.

Maintenant que j'ai défini le contexte , il y avait une console, et une liaison via te téléphone.

Aujourd'hui, on a la même chose (dans d'autre pays ) et cela s'appelle l'IA cherchée l'erreur. Je trouve dommage que le terme IA soit aussi galvaudé et s'en contrôle.
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