Un rapport de Stanford révèle un fossé grandissant entre l'optimisme des experts en technologie et l'inquiétude croissante du grand public face à l'IA. Tandis que les spécialistes se concentrent sur des concepts abstraits comme l'intelligence artificielle générale (AGI), les citoyens ordinaires craignent principalement pour la stabilité de leur emploi et l'augmentation du coût de la vie. Les données montrent que les leaders de l'industrie sous-estiment souvent cette hostilité sociale, qui se manifeste parfois par des actes violents visant les dirigeants du secteur. La résidence de Sam Altman a été récemment attaquée par un homme très hostile à l'IA.La résistance à l'IA, auparavant limitée à des débats académiques ou des grèves contractuelles, a pris une tournure radicale et violente. Un jeune homme de vingt ans a récemment attaqué la résidence de Sam Altman, PDG d'OpenAI, avec un engin incendiaire avant de tenter de vandaliser le siège de l'entreprise. La police a découvert un manifeste dans lequel l'assaillant mettait en garde contre une potentielle extinction de l'humanité causée par l'IA.
Un nouveau rapport annuel de l'université de Stanford sur le secteur de l'IA a mis en évidence un fossé frappant et grandissant entre ce que pensent les experts en IA de cette technologie et ce qu'en pensent réellement les citoyens ordinaires. Les conclusions, publiées cette semaine, montrent que l'inquiétude du public face à l'IA augmente fortement aux États-Unis, les préoccupations ne portant pas sur des craintes futuristes dignes de la science-fiction.
Les craintes portent sur des sujets quotidiens tels que l'emploi, le coût des soins de santé, les factures d'énergie, ainsi que la question de savoir si l'on peut faire confiance au gouvernement pour contrôler cette technologie. De plus en plus de jeunes personnes s'organisent pour protester contre la technologie.
La génération Z est en colère et le devient de plus en plus
Les conclusions du rapport de Stanford sont corroborées par un récent sondage Gallup, qui a révélé que les jeunes, en particulier ceux de la génération Z, sont de moins en moins optimistes et de plus en plus en colère face à l’IA, alors même qu’environ la moitié d’entre eux l’utilisent quotidiennement ou hebdomadairement. Pour certains professionnels du secteur technologique et les dirigeants, « ce rejet massif et soudain de l'IA a été une surprise ».
Selon les experts, cette frustration est tout à fait compréhensible : ce sont les jeunes qui entrent sur le marché du travail qui sont les plus susceptibles de subir l’impact direct des suppressions massives d’emplois, des coupes budgétaires et des bouleversements sur le lieu de travail liés à la technologie.
Ce clivage s'est particulièrement manifesté dans les réactions en ligne aux récentes attaques contre le domicile de Sam Altman, PDG d'OpenAI. Bien que les cercles médiatiques traditionnels ont condamné ces actes, des membres de la génération Z sur les réseaux sociaux ont ouvertement exprimé leur soutien à ces actes violents, illustrant une fracture sociale croissante. Les autorités craignent que ces attaques se multiplient avec la montée de la colère.
Sur Instagram, certains commentaires ont un ton similaire à ceux qui avaient circulé après la fusillade visant le PDG de United Healthcare en 2024 et, plus récemment, l'incendie d'un entrepôt de Kimberly-Clark par un employé en colère de ne pas percevoir un « salaire décent ». L'homme inculpé pour avoir attaqué la résidence de Sam Altman au cocktail Molotov avait une liste de PDG et leurs investisseurs à éliminer, et a demandé à d'autres de le rejoindre.
Des préoccupations quotidiennes face aux théories de l'AGI
Une différence majeure réside dans la nature des inquiétudes exprimées par les deux camps. Les dirigeants de l'industrie technologique se concentrent souvent sur la gestion des risques liés à l'AGI. En revanche, les citoyens ordinaires se soucient davantage de l'impact immédiat de cette technologie sur leur bulletin de paie ou de l'augmentation de leurs factures d'électricité causée par la consommation énergétique massive des centres de données.
Un rapport publié le mois dernier par Pew Research Center mettait en lumière un contraste marqué : seuls 10 % des Américains se disaient plus enthousiastes qu’inquiets face à l’essor de l’IA, tandis que 56 % des experts anticipaient un impact globalement positif aux États-Unis sur les vingt prochaines années.
Les avis des experts et l'opinion publique divergeaient également fortement sur certains domaines où l'IA pourrait avoir un impact sociétal. En effet, comme le soulignent les auteurs du rapport, 84 % des experts ont déclaré que l'IA aurait un impact largement positif sur les soins médicaux d'ici à vingt ans, mais seulement 44 % du grand public américain partageait cet avis. Le grand public semble de moins en moins accepter le battage médiatique.
Concernant l'emploi, 73 % des experts se montraient optimistes quant à l'impact de l'IA sur les méthodes de travail. Mais seuls 23 % du grand public partageaient ce point de vue. En matière d'économie, 69 % des experts se disaient optimistes. À peine 21 % du grand public partageaient cette opinion.
Près des deux tiers des Américains, soit environ 64 %, ont déclaré aux chercheurs du Pew Research Center qu'ils pensaient que l'IA entraînerait une baisse du nombre d'emplois au cours des 20 prochaines années, une crainte que les responsables du secteur de l'IA ont largement rejetée comme exagérée.
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