Les tensions entre promoteurs de centres de données destinés à l'IA et communautés locales ne cessent de s'intensifier. Les habitants signalent des nuisances sonores persistantes, notamment des infrasons inaudibles, mais physiquement perceptibles, qui provoqueraient des migraines, de l'anxiété et des insomnies. Ces perturbations sonores proviennent principalement des systèmes de refroidissement massifs et des turbines à gaz utilisés pour répondre aux besoins énergétiques colossaux de ces installations. Aux États-Unis, la rébellion contre les centres de données prend une ampleur considérable ; 69 collectivités locales ont bloqué les nouvelles constructions.Les centres de données font face à une opposition grandissante de la part des riverains pour de nombreuses raisons : augmentation drastique des prix de l'électricité ; pénurie de composants causée par la demande ahurissante des Big Tech ; hausse des émissions en raison du recours massif aux énergies fossiles comme le gaz et le charbon ; pollution sonore provenant des vastes fermes de serveurs installées sur plusieurs hectares, et des centrales dédiées.
En ce qui concerne la pollution sonore de ces complexes, des rapports indiquent que l'ampleur du bruit constant pousse d'ailleurs certains gouvernements locaux à instaurer des moratoires sur ces projets de construction. Les Big Tech préfèrent bâtir ces installations près des réseaux existants et des zones peuplées pour éviter de tout construire de zéro, ce qui multiplie les conflits avec les habitants à mesure que les conséquences négatives se révèlent.
Le problème relatif aux infrasons et leurs effets sur la santé
Une plainte majeure concerne les infrasons, des fréquences sonores très basses qui sont inaudibles pour l'oreille humaine, mais qui peuvent être ressenties physiquement. Les résidents exposés à ce bourdonnement continu signalent des effets néfastes sur leur santé, tels que des maux de tête, de l'insomnie, des nausées, des vertiges et de l'anxiété. Certains plaignants ont signalé des niveaux sonores avoisinant 100 décibels, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Selon l'organisation bipartisane à but non lucratif Environmental and Energy Study Institute (EESI), les centres de données émettent des sons à différentes fréquences, tant hautes que basses. Les fréquences basses, en particulier celles qui sont situées en dessous du seuil d’audibilité humaine, sont particulièrement difficiles à détecter sans équipement fiable, ce qui rend l’évaluation du bruit particulièrement difficile pour les communautés locales.
Selon les experts, ces fréquences sonores nuisibles proviennent notamment des systèmes de refroidissement massifs requis par les serveurs d'IA, des équipements indispensables pour dissiper la chaleur générée par des processeurs consommant des quantités faramineuses d'électricité.
Les habitants de Brittany Heights, à Chandler, en Arizona, ont essayé pendant des années de faire abstraction du bourdonnement constant d'un centre de données construit en 2014 à l'aide de casques antibruit et de bouchons d'oreille. Cependant, cette approche n'a pas produit d'effet. La pollution sonore constituait un problème si important pour les habitants que cela a conduit au blocage du projet de construction d'un nouveau centre de données.
Le bruit assourdissant engendré par la production d'énergie
Comme les centres de données dédiés à l'IA s'appuient sur d'énormes baies de processeurs graphiques (GPU) pour fonctionner, ils génèrent une quantité considérable de chaleur. Les GPU ont besoin d'être refroidis pour fonctionner à leur rendement maximal, ce qui signifie que d'énormes quantités d'énergie sont utilisées dans le processus. Cela peut représenter jusqu'à 40 % de la consommation électrique totale d'un grand centre de données.
Certains centres de données ont recours à des générateurs de secours pour maintenir leur alimentation électrique à 100 %. Dans plusieurs cas, il s'agit de générateurs diesel tournant pendant les heures de pointe, lorsque les fournisseurs d'électricité doivent alimenter d'autres zones résidentielles et industrielles. Des batteries de générateurs émettant chacun jusqu'à 105 décibels sont mises en marche afin de maintenir l'alimentation électrique.
La situation est pire pour les centres de données hors réseau. Plutôt que de construire des infrastructures coûteuses pour relier un centre de données aux infrastructures existantes à proximité des centres urbains, certains centres de données sont construits dans des zones rurales et alimentés par des turbines fonctionnant au gaz naturel. Ces turbines produisent de l'électricité de la même manière que les réacteurs d'avion génèrent de la poussée.
Le bruit de ces turbines est audible à des kilomètres à la ronde. La Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis a testé les effets des infrasons supérieurs à 100 dB sur les tissus humains. L'étude a conclu que les infrasons peuvent affecter la fonction cardiaque dès une heure après l'exposition. Les infrasons ont également été cités comme une cause potentielle du « syndrome de La Havane », un ensemble des symptômes neurologiques.
L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.
L'essor des centres de données crée des pénuries de composants
Le monde est actuellement confronté à une pénurie massive de puces de mémoire et de stockage. Les centres de données consomment des quantités colossales de composants électroniques, au point de provoquer des tensions sévères sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Une crise similaire menace désormais les CPU, dont le besoin s'intensifie à mesure que les charges de travail d'inférence des grands modèles de langage se multiplient.
Par ailleurs, les prix de gros de l'électricité ont grimpé en flèche jusqu'à 267 % en cinq ans sous l'effet de la demande des centres de données. Cette pression généralisée...
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