Oui, il existe de nombreux cas documentés d'individus, de collectifs et de syndicats professionnels qui refusent catégoriquement de céder leurs données (voix, textes, images, visages) pour l'entraînement d'intelligences artificielles. Leur motif : Ils estiment financer et concevoir l'outil algorithmique destiné à les remplacer. Bien que ces démarches soient motivées par une volonté légitime de protection de l'emploi et de la propriété intellectuelle, elles se heurtent à plusieurs paradoxes structurels et éthiques.Les comédiens de doublage et doubleurs de voix sont parmi les secteurs où l’on note la fronde individuelle et collective la plus virulenteNew on Rest of World: I refused to train the AI that could replace me https://t.co/yjypjMwhnn
— Rest of World (@restofworld) September 3, 2026
Menés notamment par Pascale Chemin (voix du personnage Wraith), 32 comédiens de doublage français ont collectivement refusé de signer un avenant contractuel de l'éditeur Electronic Arts. Ce texte exigeait qu'ils cèdent leurs enregistrements pour l'entraînement d'IA génératives, ce qu'ils ont qualifié de demande explicite à « entraîner leur propre remplacement »
L'association allemande des créateurs de voix (VDS) a lancé un boycott massif après que Netflix a tenté d'imposer de nouvelles clauses obligeant les doubleurs à accepter l'usage de leurs voix pour le machine learning sans rémunération additionnelle. Les professionnels ont refusé de signer, expliquant que cela revenait à « acter légalement leur propre disparition »
Paul Skye Lehrman et Linnea Sage (deux voix off) ont attaqué en justice la startup d'IA Lovo. Ils avaient accepté de prêter leur voix pour de simples scripts de démo académique, mais ont refusé que ces enregistrements servent à entraîner un modèle commercial grand public qui vend désormais des répliques exactes de leurs voix pour remplacer des humains.
Les acteurs et scénaristes de Hollywood ne sont pas en reste
Gal Gadot a mené une bataille contractuelle féroce de six mois avant d'accepter de tourner dans le film Bitcoin. Elle a refusé catégoriquement les clauses permettant aux studios d'utiliser l'intelligence artificielle pour modifier, recréer ou cloner ses expressions faciales et son jeu d’actrice, un précédent salué par le syndicat SAG-AFTRA.
Au-delà des cas individuels, des dizaines de milliers de scénaristes et d'acteurs de doublage (notamment dans le jeu vidéo en 2024-2026) se sont mis en grève (grève historique du SAG-AFTRA). Le motif principal de leur refus de travailler était l'absence de verrous contractuels empêchant les studios de numériser leur image ou leurs textes pour alimenter des bases de données de substitution.
Les scientifiques et chercheurs universitaires aussi ont pris position
Plus de 3200 enseignants, chercheurs et mathématiciens français ont signé un manifeste refusant d'alimenter ou d'utiliser les systèmes d'IA générative dans leurs travaux académiques et administratifs. Au-delà de l'aspect écologique, ils refusent de participer à une dynamique technologique imposée qui vise, à terme, à automatiser la production scientifique et à dévaluer la rationalité humaine.
Bien que le combat de ces individus et corporations repose sur une logique légitime de protection de l'emploi et de la propriété intellectuelle, ces refus font face à plusieurs paradoxes structurels et techniques
Même si un artiste refuse qu'on utilise ses données aujourd'hui, les modèles d'IA actuels ont déjà été entraînés sur des milliards de données du web. Des études scientifiques (notamment du MIT) démontrent qu'au-dessus d'une certaine échelle, retirer le travail d'un individu ou d'un groupe d'artistes ne change presque pas la capacité de l'IA à imiter parfaitement ce style. Ainsi, le refus individuel est symboliquement fort, mais techniquement stérile si la masse critique de données a déjà été absorbée.
En refusant d'entraîner l'IA pour la rendre plus éthique, humaine ou nuancée, les professionnels laissent le champ libre aux entreprises de la Tech pour entraîner leurs modèles avec des données de moins bonne qualité ou piratées. Le refus d'entraîner l'IA n'arrête pas son développement ; il accélère parfois la création d'une IA "sans âme" à bas coût qui sera tout de même utilisée par les studios pour remplacer les humains, dégradant l'industrie globale plutôt que de la protéger.
De nombreux professionnels refusent de prêter leur voix ou leurs textes pour l'entraînement, mais utilisent quotidiennement des logiciels (moteurs de recherche enrichis, correcteurs orthographiques prédictifs, logiciels de retouche comme Adobe) qui intègrent de l'IA entraînée sur les données d'autres travailleurs. Il est difficile de tracer une frontière éthique stricte entre l'IA que l'on rejette comme remplaçante et l'IA que l'on accepte comme assistante.
Et vous ?
Pour ou contre la posture qui consiste à refuser de participer à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle ? Voir aussi :
Des joueurs mécontents obligent des studios à abandonner ou à modifier des titres récents soupçonnés d'intégrer des contenus générés par l'IA : « je ne paie rien que pour des jeux créés par des humains »
Un tiers des employés de l'industrie US du jeu vidéo ont été licenciés au cours des deux dernières années, et plus d'un tiers des professionnels de ce secteur utilisent des outils d'IA générative
L'utilisation de l'IA pour remplacer un acteur désormais contraire à la loi en Californie ainsi que l'utilisation de la voix ou l'image dune personne décédée dans des répliques numériques sans consentement
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